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›  ST 1 | Résistances territoriales dans les campagnes des Suds

ST 1 | Résistances territoriales dans les campagnes des Suds

Responsables de la ST : 

  • Mathilde ALLAIN (Paris 3 Sorbonne)
  • Nasser REBAI (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Appel à communications :

Mots clés : Mondes ruraux, Suds, mobilisations, sentiments d’appartenance, résistance territoriale, ressources

Qu’il s’agisse d’oppositions à l’industrie minière, de manifestations contre l’agro-industrie, d’actions collectives contre l’installation de mégaprojets, ou de la défense d’espaces de vie et de paysages marqueurs d’identités singulières, les campagnes des pays des Suds sont le théâtre de formes variées de résistance territoriales (Guerin-Pace et Mesclier, 2016 ; Gana et al., 2019). Au cours des dernières décennies, ces processus de résistance ont vu leur ampleur renouvelée dans un contexte de libéralisation de l’action publique (Mayaux et Surel, 2010) et de dégradations environnementales causées par l’accentuation des modèles capitalistes de développement agricole. C’est dans ce contexte qu’en Amérique latine la résistance paysanne a pris un « tournant éco territorial » (Svampa, 2011), ou qu’au Sud de la Méditerranée, comme en Tunisie notamment, des groupes ruraux se sont organisés pour faire valoir leurs droits sur des ressources et résister à la violence d’un État corrompu et autoritaire (Gana, 2013), en marquant ainsi le début du « printemps arabe ».

Ainsi, le panel proposé envisage d’interroger et de comparer les différentes formes de résistance territoriale qui s’observent dans les régions rurales des pays des Suds. Si la notion de territoire renvoie à l’appropriation de l’espace, l’objectif sera d’analyser comment les luttes sociales acquièrent une dimension spatiale. Ainsi, plusieurs questions pourront structurer les débats : comment les résistances prennent-elles forme selon les territoires ? Quel est l’objet des luttes et comment se construisent leurs causes ? Quel est le rapport des populations rurales aux enjeux environnementaux, et comment ces enjeux sont-ils cadrés ? Comment différents collectifs parviennent-ils à développer des résistances dans des contextes de contrainte politique, social, économique ? Comment des acteurs dominés expriment-ils leurs désaccords ? Enfin, comment les formes de (ré)appropriation de l’espace et de ses ressources se concrétisent-elles ?

La section thématique souhaite mettre en avant des recherches abouties ou en cours sur des terrains des Suds qui s’interrogent sur les processus de résistance territoriale et sur leurs évolutions historiques. Les analyses pourront également porter sur des échelles variées afin de mettre en évidence que les processus de résistance territoriale concernent aussi bien des petits groupes revendiquant des droits sur une parcelle de terre que des organisations pouvant construire des projets politiques à la portée spatiale plus vaste. Les chercheur.se.s qui souhaitent discuter d’outils conceptuels permettant de rendre compte des divers types de résistance et de leurs spécificités dans les campagnes des pays des Suds seront également les bienvenu.e.s. Enfin, une attention particulière sera accordée aux travaux s’intéressant à d’autres processus de résistance, plus ancrés dans le quotidien, dans les pratiques même des populations paysannes et dans la transformation de leur rapport à leur espace de vie.

La section thématique invite les participant.e.s à proposer des réflexions s’articulant autour des axes suivants :

  • Trajectoires sociohistoriques. Les trajectoires sociohistoriques des collectifs et les processus de construction d’identités. Les luttes autour des enjeux territoriaux sous-entendent en effet la construction de causes communes, d’objets de revendications, de discours et de liens entre les acteurs. Il s’agit ainsi d’appréhender la construction des sentiments d’appartenance tant au groupe qu’au territoire, d’en saisir le lent processus ainsi que les évolutions dans le temps.
  • Cadrages des enjeux de luttes. Le cadrage des enjeux environnementaux et climatiques dans les campagnes des Suds. On connait mieux les grandes coalitions d’acteurs qui souhaitent défendre les espaces naturels, les espèces en voie de disparition ou encore les forêts et les écosystèmes fragiles. Mais qu’en est-il des mobilisations des acteurs des mondes ruraux, comment appréhendent-ils les enjeux environnementaux ? Comment les reformulent-ils et dans quelle mesure ces derniers sont-ils liés à une certaine idée qu’ils se font de leurs territoires ? Des travaux sur les inégalités environnementales en zones rurales seront particulièrement bienvenus.
  • Résistances et action collectives. La production scientifique sur les mobilisations sociales face aux grands projets (barrages hydroélectriques, mines à ciel ouvert, fermes géantes, etc.) est riche et a d’ailleurs contribué à la visibilité de ces luttes socio-environnementales. Or, les acteurs sociaux des campagnes des Suds agissent souvent dans des situations de contraintes : autoritarisme, difficultés sociales et économiques, marginalisation culturelle et/ou de genre, etc. Les formes de résistances sont donc multiples et ne passent pas toujours par des actions collectives visibles (Siméant, 2013 ; Geoffray, 2011). Nous invitons donc les participants à réfléchir à l’imbrication de la sociologie de l’action collective avec les études portant sur les résistances ordinaires et quotidiennes (Scott, 1985).

Nous serons attentifs à la diversité des origines géographiques, de genre, et de statut des auteur.e.s et des propositions.

Références

Gana A., 2013, « The Rural and Agricultural Roots of the Tunisian Revolution: When Food Security Matters », International Journal of Sociology of Agriculture and Food, 19 (2), 201-2013

Gana, A., Mesclier, E., Rebaï, N. (éds.), 2019, Agricultures familiales et territoires dans les Suds, Karthala/IRMC, Paris/Tunis.

Geoffray M.L. 2011, « Étudier la contestation en contexte autoritaire : le cas cubain », Politix, vol 93, n° 1, p 29-45.

Guérin-Pace, F., Mesclier, E. (coord.), 2016, Territoires et mobilisations contemporaines: regards sur un phénomène planétaire. Paris : Karthala/CIST.

Mayaux P.L, Surel Y., 2010, « Amérique latine : les réformes de marché en question », Revue internationale de politique comparée , vol 17, n°3, p 7-22.

Scott J., 1985, Weapons of the Weak, Everyday forms of Peasant Resistance, Yale University Press, New Haven and London.

Siméant J., 2013, « Protester/mobiliser/ne pas consentir. Sur quelques avatars de la sociologie des mobilisations appliquée au continent africain », Revue internationale de politique comparée, vol 20, n° 2, p 125-143.

Svampa M., 2011. « Néo-développentisme extractiviste, gouvernements et mouvement sociaux en Amérique latine », Problèmes d’Amérique latine, 81, 103-127