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›  Le fédéralisme en Irak : Lorsque l’Etat fédéral place la périphérie kurde sur une dynamique centrifuge

Le fédéralisme en Irak : Lorsque l’Etat fédéral place la périphérie kurde sur une dynamique centrifuge

  • Mohammed-Mede, Hardy

Abstract

Jouissant d’une autonomie de facto depuis 1991 et en quasi-rupture avec l’Etat, la périphérie kurde réintègre l’Etat irakien en 2003, c’est-à-dire après la chute du régime baas. Cette réintégration se fait sur la base d’un système fédéral (fédéralisme) qui devrait, aux yeux des élites périphériques kurdes, empêcher le retour d’un centralisme répressif et d’une administration unitaire dont elles étaient victimes par le passé. Quant aux élites chiites, elles ne s’opposent pas au fédéralisme pour ne pas heurter les kurdes, en qui elles trouvent un allié objectif pour contrôler l’appareil de l’Etat en cours de construction. En revanche, les arabes sunnites ont refusé le fédéralisme car ils en voyaient le germe d’une répartition territoriale du pays entraînant une distribution inégale de ressources entre les trois communautés de pays. Ces derniers habitent majoritairement au centre du pays qui demeure pauvre par rapport au nord (des kurdes) et au sud (des chiites), riches en ressources naturelles. Or, la forte exclusion dont ils font l’objet quelques années plus tard tend à développer chez les arabes sunnites l’« utilité » du fédéralisme qu’ils considèrent pour le coup comme un gage de protection face à la montée en puissance de la communauté chiite en quête du monopole de l’Etat. Ainsi, dès 2010 et à plusieurs reprises, les élites politiques et les notables locaux sunnites revendiquent la création, à partir de plusieurs provinces, ou parfois, d’une seule, d’une « région fédérée », comme l’autorise en principe la Constitution irakienne de 2005. Leur demande a été refusée par l’ex-Premier ministre Nouri al-Maliki (2006-2014) qui prône ouvertement le retour à un centre fort dont l’avènement garantirait, selon Maliki, la sortie de la crise de l’Etat. Autrement dit, l’idéologie de l’Etat (contrôlé par les chiites) conditionne le retour du Léviathan à l’avènement d’un centre fort.

Ainsi, le fédéralisme semble pris au piège d’une politique de centralisation qui ne fait que conduire au renforcement des stratégies centrifuges. Partant du cas kurde, cette communication se propose d’expliquer, mais aussi de comprendre comment l’idéologie centralisatrice à nouveau de retour tend non seulement à mettre à mal le fédéralisme mais aussi mettre en fuite la périphérie kurde. Autrement dit, nous partons de l’hypothèse que la tendance centrifuge est le produit d’une logique centralisatrice qui, par l’usage de la coercition et d’une politique sectaire, s’aliène la périphérie kurde.